Jour2.2. Planète1.

Un trait jaune et pourpre se projette à l’intérieur de votre vaisseau. Le jour se lève enfin. Votre visage et votre combinaison se retrouvent baignés de lumière. Vous attendez un instant. Les voyants sur votre manche sont restés au vert. Finalement pas d’autre injection. Votre métabolisme est stable. Tant mieux. Le shoot que vous avez reçu au milieu de la nuit vous laisse un souvenir désagréable. Il devait s’agir d’une dose spéciale. Une sorte de vaccin costaud prévu pour vous protéger contre les attaques virales et microbiennes. C’est surprenant, avec tous les vaccins que vous aviez déjà reçu, vous pensiez être immunisé contre tout. Votre seconde peau a du détecter de nouveaux pathogènes ici. Vous n’êtes pas un spécialiste. D’ailleurs plus personne n’était spécialiste de quoi de ce soit, l’intelligence artificielle était la seule à vraiment comprendre. Vous avez pris l’habitude de la laisser prendre ses décisions.

A l’écran justement, le cyber cerveau indique le parcours du drone que vous aviez programmé avant de vous assoupir. Il est actuellement à environ 15 km de votre position. Il a suivi la petite tache rose et envoi son signal jusqu’au pupitre de commande. Les caméras de l’engin ont filmé sa progression au travers la forêt. Vous touchez la vignette. Le flux vidéo s’ouvre en grande fenêtre. Vous avez du mal a en croire vos yeux. Vous distinguez à l’image plusieurs individus. Votre main dilate et zoom sur l’un d’entre eux. Il vous semble qu’il collecte quelque chose dans un grand sac placé en bandoulière. Il n’a pas de combinaison. Il porte des étoffes colorées autour de son torse et de ses jambes. Il est pied nu, est grand et mince. Sa démarche est souple. Vous observez ses agissements. A chaque arrêt, vous le voyez cueillir des plantes et les placer dans le sac qui pend le long de sa jambe.

Vous n’avez pas envie de démarrer la séquence CONTACT. Autant rester discret. Le drone miniature n’a pas été repéré. Il n’indique aucun signe de danger. Autant laisser le drone continuer à suivre ce groupe pour en découvrir plus sur leur mœurs. Suite à cette décision, vous sélectionnez vos autres mini mouchards et leur ordonnez de prendre la direction de différents amas rose. L’une de ces zones habitées fait plusieurs kilomètres de diamètre. Elle comporte très peu de vert, la couleur attribuée aux arbres. Le marron indique quand même la présence de végétaux. Beaucoup de gris lézarde la zone. C’est la signature d’étendues minérales. A quoi peut bien ressembler ce lieu qui attire une telle population? A la distance où se trouve cette forme si particulière, vous estimez qu’il faudra plusieurs heures pour que vos drones s’y rendent.

Tiens votre combinaison vibre. Elle vous signale l’approche d’un quadrupède en direction de votre emplacement. Parmi la multitude de formes de vies qui vous entourent, la majorité sont des arbres. Vous aviez bien remarqué sur la carte millimétrique que d’autres nuances apparaissaient. Il est temps de consulter le bestiaire que les capteurs ont distingué. Jusqu’à présent vous aviez laissé vos doigts jouer sur l’écran. Mais vu la quantité et la diversité des signaux environnant, il est préférable que vous activiez l’interface neurale. Vous serrez vos bras le long de votre corps. Par ce simple geste, l’IA interprète votre souhait. Vos pensées deviennent ce qui contrôle le système.

Un nouveau drone se détache. Il se place à la hauteur qu’auraient vos yeux si vous étiez dehors. La vidéo qu’il émet se superpose à votre vision. Le rendu est impeccable. Vous avez l’impression de devenir le drone. Vous vous déplacez tout en restant assis. Quelle merveille! La clairière, la rivière, l’arbre que vous avez rencontré hier sont devant vous à nouveau. Cette fois, tout un tas de petites étoiles s’ajoutent à la scène. Vous en voyez dans les branches, dans l’herbe et même dans l’eau. Ce sont des marqueurs de vie. C’est un crépitement intense qui s’ajoute à votre conscience. Jamais vous n’aviez vu autant de chose sur une seule image. Sur votre planète, il vous arrivait bien d’utiliser ce même dispositif. A part quelques marques de ci de là, la vie était si rare que cette vision augmenté ne procurait que la liberté de pouvoir voler au milieu de paysages mornes et fades.

Vous voila nez à nez avec l’intrus. C’est bien un quadrupède. Il se tient à quelques mètres du drone. Sorti du bois. Figé. Il flaire. Il regarde dans votre direction. Peut-être a-t-il repéré le drone? Vous en profitez pour demander une reconnaissance de l’animal. 97% de correspondance avec ce que vos archives nomment CERF. Celui qui se tient là possède d’immenses cornes, ou plutôt “bois” comme le note l’IA sur sa fiche descriptive. Cette espèce a disparu de votre écosystème il y a des lustres. L’exploitation des arbres et des forêts ainsi que les défenses des zones de culture auront conduit à son extinction. Vous êtes tout éberlué. La vie ici a pris un chemin semblable aux schémas évolutif que votre monde a connu. Vous n’avez pas le temps de penser plus loin. L’animal sûrement dérangé par votre présence vient de s’enfuir. Sa course est majestueuse. Dommage de ne voir ça que sur un écran.

La porte de votre astro fusée s’ouvre. Un courant d’air frais entre dans l’habitacle. La composition de l’atmosphère est respirable pour vous. Azote. Oxygène. OK. Imaginez que vous soyez arrivé sur une planète impossible à respirer. Vous êtes heureux de ne pas devoir porter de masque. Régulièrement, des pollutions et des invasions microbiennes portées par les particules vous obligeaient à tous de vivre constamment avec un filtre respirateur. Ici, ce n’est pas la peine… Quelle chance! Vous en profitez pour humer l’air à grand poumon. Un délicieux parfum vous enivre. Cet élixir vous réjouit. Devant vous la NATURE est là. Encore intacte.

Vous vous approchez de l’eau. Grâce aux capacités de recyclage de votre costume, votre hydratation est maintenue constante. Il suffisait d’opérer une recharge toutes les semaines pour récupérer les molécules qui s’était évaporées. L’eau indispensable à la vie était devenu si rare qu’elle était extraite de l’air en haute altitude. Il était fréquent que le prix de cet or bleu flambe. Surtout lors de période de canicule. Ceux qui n’avaient pas les moyens de s’en procurer savaient qu’ils ne tiendraient pas jusqu’à la prochaine recharge. On les retrouvait gisant à même le sol, défenestrés ou résignés. Vous plongez la main dans le flux limpide de ce liquide que vous n’aviez jamais touché. La sensation est indicible. Vous voila éclaboussé par les gouttes jaillissantes du barrage qui force le flot à trouver son chemin.

Une immense jouissance vous envahit.

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